Et j'ai souhaité redevenir toute petite
à cet âge où je ne comprenais pas.
Il m'a dit que c'était poétique d'avoir écrit "vie" sur la main.
Je lui ai répondu que ce n'était pas "vie" mais "V.I.E."
Il y a bien longtemps que la poésie n'est plus présente.
Parfois je me dis que je suis née pour ça.
Vomir et me sentir désespérement seule.
Ce n'était plus pareil.
Je l'ai trouvé plus gauche, plus lisse, plus ordinaire, moins sauvage, moins fou.
Il a perdu cette arrogance qui le rendait insupportable et si beau.
Mais il a toujours cette bouche de poupon, rose avec des lèvres pleines.
- Tu n'as pas l'impression de tourner en rond toi ?
- Non
C'est à ce moment que je me suis dit que je considérais peut-être -du moins, que j'en étais venue à considérer- certaines choses certaines situations comme normales
alors qu'elles ne le sont pas.
Lorsque je me sens bousculée, comme ce soir
j'aimerais être capable de me recroqueviller jusqu'à me fondre dans moi-même, m'agripper à mes os et me terrer dans cet espace où chaque chose a un sens familier.
me recroqueviller me fondre m'agripper me terrer
Des mois que je songe à ce que je pourrais écrire ici. Mais à chaque fois ne me vient en tête que
"je tourne, encore et encore et encore et encore et encore et encore et encore et encore et encore et encore"
et ce n'est pas intéressant.
Trois ans de vie parisienne et déjà, c'est l'écoeurement.
Je pensais que ça serait plus facile avec les années.
Vu le point d'où je pars, je pensais sincèrement que ça serait mieux avec les années, mais ce n'est pas le cas.
C'est comme s'il était trop tard.
Mais il y a toujours ce moment où, même à bout, le visage mâché par le manque de sommeil, ça reprend.
Lorsque je m’assois devant l’écran, le corps vide, et que j’étudie à nouveau mes sujets. Que petit à petit, ça reprend. Lorsque j’ouvre mes recherches, les confronte, les organise. Et que je me laisse absorbée par mon sujet, la tête la première. Que j’en viens à cheminer avec aisance dans mes fiches, mes notes, mon plan, ma démonstration. Et qu’il n’y a plus que ça, la fluidité, les chiffres, les faits, les preuves, les dates, que je me suis appropriés, qui sont à moi désormais, qui m’entourent et me couvent.
Toujours ce foutu moment où, même au bout, ça reprend et me maintient éveillée.
Je suis retournée à la piscine.
Pleine de la volonté de redevenir celle que j'étais avant, avant ces six derniers mois, avant ce que je veux à tout prix considérer comme une parenthèse -close.
J'ai cru que je n'arriverais jamais à monter les cinq étages qui mènent à mon appartement.
