18 novembre 2009
Il y a des éclats de soleil qui éclaboussent les bâtiments de l'autre côté de la Seine, l'angle du ministère et la pelouse du palais omnisports. L'eau ondule à quelques mètres. Je suis face à la piscine qui est fermée pour cause technique et je ne bouge pas. J'attends quelque chose qui ne vient pas, je ne sais même pas ce que j'attends. Mais j'attends. Tout me semble requérir d'un effort que je ne me sens pas la force de fournir. Alors je ne bouge pas. Je suis assise sur un petit muret en pierre. L'eau ondule à quelques mètres. La grande bibliothèque est derrière. Je pourrais y aller, ou rentrer et travailler dans ma pièce en haut de l'escalier, à côté de la chambre. Lorsque des gens viennent, il dit que c'est mon bureau. J'ai envie de profiter du soleil, de m'asseoir autour d'une table en face d'un chocolat dans une pièce aux couleurs boisées. J'ai envie de me reposer, de discuter, de penser à autre chose. L'idée de m'asseoir à un bureau devant des cours que je ressasse sans cesse renforce mon immobilisme. Je reste assise sur le petit muret en pierre. L'eau ondule à quelques mètres. Puis d'un coup le soleil n'est plus là, les bâtiments apparaissent gris, le vent humide, le paysage terne, l'eau n'est plus belle. Je me redresse sur mes baskets et écrase les graviers. En arrivant, je glisse mes pied sous mes fesses sur le canapé. Lorsque je relève la tête, l'obscurité a avalé le salon. Je fais fondre le chocolat. Je lui ai promis une semaine de fondants différents pour son anniversaire. Ce soir ce sont des fondants au chocolat avec un coeur au nutella.
Hier c'étaient des mi-cuits au chocolat blanc.
15 novembre 2009
Si j'avais plus de volonté, si je cessais de sceller des promesses en for intérieur d'avance non-tenues, si je n'avais pas l'aversion si facile de moi-même, si j'arrivais à me lever, si tout mon corps n'était pas si lourd. Si tout ceci n'était pas sans fin.
08 novembre 2009
Je lui dis qu'il n'a pas de goût et il me répond que lui, au moins, ne cherche pas à faire ressembler chaque pièce au carnaval, avec des couleurs partout comme dans une chambre d'adolescente. Je m'éloigne, et je ne sais pas, je me dis que c'est la tension, qu'aucun de nous deux ne pense ce qu'il vient de dire, que c'est stupide, que nos répliques mêmes sont à rire et qu'on devrait le faire. Et je me mets à pleurer dans l'allée. J'essaie de m'arrêter mais c'est plus fort que moi. Lorsqu'on se remet en route, je lui tends mes lunettes pour qu'il les nettoie. Dans la voiture, je reste silencieuse et je monte le volume à fond. Je me demande si on ne se lasse pas de tout.
22 septembre 2009
Il faut que les matins soient doux.
18 septembre 2009
Don't you see I need you rock
J'aurais voulu lui montrer mon foulard, lui demander s'il le trouvait joli, lui parler des craintes qui rampent sous mon crâne concernant cette année. J'aurais voulu ne pas parler de tous ces détails techniques, achat, vente, SC*, cession de, contrats, signature et n'oublie pas de parapher, rendez-vous divers, attentes, visites, pièces administratives, délais. J'aurais voulu discuter d'autre chose, avoir ouvert la bouche pour lancer la conversation dans une autre direction. Mais je n'en ai rien fait et nous n'avons parlé que de ça, des modalités et des conséquences et, tout ceci me sort par les yeux aujourd'hui. J'en ai plein la bouche, plein les mains, plein la tête. J'aurais voulu lui dire que je n'étais plus très sûre, que je me posais des questions que, dans quelle mesure l'engagement pouvait se justifier. Le quotidien appuie sur mes poignets. Lorsqu'il se lève le matin, j'entends à peine le crépitement de la douche, j'ai trop chaud et je terre mon corps nu sous la couette. La reprise date de si peu et je suis déjà barbouillée de fatigue. Les couleurs vives et pimpantes se délavent au fur et à mesure. Mes yeux se ternissent car je le savais mais j'aurais voulu avoir tort. J'ai une nouvelle carte de piscine, je nage une heure et demie, je m'essore dans l'eau chlorée, je multiplie les longueurs et je m'applique à tout laisser derrière moi, à chaque brasse. Ce week-end, je suis seule. Ce week-end, je vais ouvrir des gros livres de microécon*mie et aligner les exercices sur des copies doubles grands carreaux perforées. Je ferais du thé et le soir, je me glisserais tôt dans le lit pour ouvrir un roman. Le lendemain, je mangerais des céréales. En ce moment, je ne sais pas quoi écouter comme musique. Si vous avez des suggestions, je suis preneuse de tout.
04 septembre 2009
Two Shots To The Head*
Je ne sais plus trop quelle musique passe, ça tourne en permanence, je lance des radios à thème et je laisse les notes les voix les accords couler. Il me dit qu'il faudrait commencer à faire les cartons et la perspective du déménagement se teinte de réel. Je ne prends toujours conscience des choses que lorsque ça devient concret. Avant, impossible, il y a une vitre. Je ferme les yeux, je refuse de voir quoique ce soit tant que ce n'est pas sûr. A quoi bon penser et s'angoisser (les deux allant souvent de pair) pour rien ? Mais quand ça se confirme, quand on me dit on déménage à la fin du mois, le sol s'effrite sous mes pieds et une boule monte jusque dans ma gorge. Et je me retrouve bête et démunie, car nous en parlons depuis des mois, car je le savais, car j'ai dit oui. Mais c'est comme dire oui au vent. On imagine quelque chose et on articule son accord du bout des lèvres. Ma tête s'emmêle sacrement plus lorsque la réalité s'immisce. Lorsque je me vois ôter mes affaires des étagères et les empiler -à nouveau- dans des cartons. Tout débarrasser, vider, balayer ma vie une nouvelle fois pour la déballer autre part. Me dire que je ne vivrais plus seule, louper une marche. Essayer de ne pas trop y penser tout de même, comme toujours, renflouer. Eclater plus tard, pas maintenant, non, pas là. Là, il y a la fatigue et l'appréhension douceâtre déjà présente des prochains jours. Ce matin, ils ont dit deuxième année, difficulté, beaucoup de travail. Les mails avec les plannings de khôlles sont arrivés dans l'après-midi, je remplis mon agenda et je ressors des cahiers que deux mois de vacances ont rendu tristes et austères. Je relis des pages oubliées et je me dis que c'est la dernière année. Même quand ils parlent d'un concours blanc dans quelques semaines, je ne me casse pas. Je réfléchis simplement à la façon dont organiser mes révisions. Je remets la carte de bibliothèque dans le porte-feuille, je reste immobile ensuite. C'est la dernière année, ce n'est pas la mort, ça va passer, comme la première, comme le reste, les jours vont se défiler sous mes yeux et un matin, ce sera fini.
* Une chanson d'Emily Jane White
26 août 2009
La tête sous l'eau, je m'efforce de faire de longues brasses. Je sors la tête de l'eau, ouvre la bouche, inspire au fond de mes poumons, continue, expire sous l'eau, avance, encore. Puis je touche de ma main le bord du bassin et repars dans l'autre sens. Au bord de la mer, la nuit est tombée, l'eau est froide mais il y a cette immensité qui s'étale devant mes yeux, la quiétude qui ondule à la surface alors j'ôte mon pantalon, mon pull et me glisse dans les vagues légères. Le froid me saisit le cœur, violemment puis l'étreinte se déserre et ma peau entière est anesthésiée, je nage dans l'eau noire comme de l'encre, je m'en barbouille les mains, les doigts, je mets la tête sous l'eau, le froid m'écrase les tempes, je nage loin. Je nage avec l'espoir d'avoir tout laissé sur la plage, je nage calmement, sereinement, je nage comme on se sent délivré, je nage et mes yeux brillent de s'être échappés.
Il est parti voilà bientôt un mois. Il revient dans trois jours, je ne me souviens plus vraiment de son visage. Il va franchir la porte, chargé de ses bagages et je vais fouiller son visage à la recherche d'un signe familier, je vais le regarder comme on scrute un inconnu qu'on connait pourtant. Et lorsque nos peaux vont se toucher, et lorsqu'il va poser ses doigts. Je me demande s'il verra les bouts qui se sont fêlés durant son absence, s'il verra la réserve reprise et l'appréhension immense face aux mois à venir.
Il y a eu des bouts de soleil, des bouts d'exercices, des bouts de larmes, de rires, de ballades croquées, des gouttes de sang, d'amertume, de rage. Les pages de mon livre resté sur la table du jardin se tournent sous l'effet du vent, elles se tournent, vite vite, et les jours défilent. Je me fais penser à une indélogeable qui prend sa vie et la jette contre des murs, encore et encore. La récupère et recommence, et souris ; ça doit être génétique.
01 août 2009
August
Je le vois rentré, abattu. S'étendre sur le lit, le visage défait, les yeux froissés comme des chiffons. Je m'allonge à côté de lui, le rassure, cherche à étirer ses joues dans un sourire, raconte des bêtises. Je lui dis que tout se passera bien, que ça va aller, que ce n'est qu'une question de temps. Et c'est vrai. Tout finit fatalement par se résoudre. Pas forcément de la bonne manière mais une situation ne reste jamais perpétuellement bloquée. Les journées s'étendent comme des élastiques mous. Je me tiens assise sur le canapé et je me vois franchir la porte pour aller marcher dans les rues. J'ouvre des cahiers, je fais semblant d'avancer tout en me promettant de m'y mettre sérieusement ; bientôt. Je couve des envies dont la réalisation est ténue, je me dis que ça pourrait me briser comme une allumette. Je fais des plans de l'appartement dans lequel nous emménagerons dans deux mois. Je trace des coups de crayon, j'imagine les couleurs, j'installe tout dans ma tête et quand j'ai fini, je recommence. Je bats des mains et l'air vide claque entre mes doigts. J'essaie de remplir la vacuité mais c'est toujours un trou béant qui. Vient maintenir mes yeux ouverts la nuit. Je noue mes cheveux dans une barrette perlée, j'accroche des boucles à mes oreilles, je fais couler du café, je regarde par la fenêtre. Et mes poings ne parviennent plus à se serrer. La vie s'agite autour et je me demande comment je pourrais me donner l'air de me sentir concernée par la mienne. Alors j'essaie d'être moins en l'air, moins ailleurs. J'écoute attentivement, je me dis que ce sont des conversations importantes, je réponds avec sérieux, je reçois des gens pour visiter l'appartement. Je me tiens adossée au buffet pendant qu'ils regardent les pièces, je ne sais pas quoi faire alors je plie des feuilles entre mes mains. Puis je les déplie et je recommence. Jusqu'à leur souhaiter une bonne soirée avec un sourire. Je me demande si la façon pauvrement sincère avec laquelle je m'en fous. Est visible. Je souris pour m'excuser des courants d'air dans mes yeux. Les jours n'ont aucune valeur et se succèdent, tout comme mes gestes qui les remplissent.
Ce soir-là, il était rentré, abattu. Je me suis allongée à côté de lui et je l'ai rassuré. Je lui ai dit que ça allait bien se passer, que tout ceci finirait par se dénouer. J'ai joue l'assurance, j'ai ravalé les craintes qui montent dans ma gorge pour lui sourire. Mais c'est toujours moi que je n'ai pas réussi à convaincre.
23 juillet 2009
Et les yeux métalliques
Les échéances se dressent sur le bitume des trottoirs lourds de chaleur, font gondoler l'asphalte et s'immiscent dans mon ventre qui se creuse. Comme s'il n'y avait eu aucune pause, supposant l'inanité de ces derniers jours vides. Mes cahiers sont empilés, rangés. Oubliés. Certaines vérités m'éclatent au visage et je me sens démunie face au gâchis que je tiens entre mes doigts. C'est liquide le gâchis, ça n'a aucune substance, ça coule, ça file comme de l'eau claire autour des phalanges, ça a le goût édulcoré des regrets. Les choix pris pour de mauvaises raisons hier sont forcément à payer aujourd'hui. Lorsque les paupières se font un peu moins aveugles, lorsqu'on accepte d'entrouvrir un oeil, de digérer certaines choses jusque là coincées dans la gorge. M'engager dans une voie qui ne sert pas mes aptitudes, pour me malmener, encore un peu, toujours cette logique d'expiation permanente, pour m'obliger à me forcer, surtout que ce ne soit pas facile. Au contraire, que ce soit rude, pénible, douloureux. Opter une orientation dans laquelle je ne m'épanouirais pas. Au fil des mois, les pièces du puzzle trouvent leur place, le regard change et je me retrouve avec des cours entre les mains, des cours qui me donnent envie de disparaitre tant ils ne m'intéressent pas, tant je n'y arrive pas. Avoir voulu s'en faire baver et le payer aujourd'hui, s'être contrainte à l'austérité et à la rigueur, s'être emballée dans un corset comme un otage, de soi. Songer aux sentiers que j'aurais choisis si d'autres raisons, plus saines, m'avaient animée. Je finis ma tasse de café et les livres s'entassent en piles incertaines sur les étagères. La réponse n'est pas très compliquée, elle a toujours été sous mon nez et, toujours, je détournais les yeux. Pas assez glorieux comme projet. L'idéal c'est de se hisser en haut par l'effort, les bras distordus ; tendus à s'en rompre les veines. Ca, c'est noble. Ca, c'est un comportement méritant. Ca, c'est une attitude qui t'apportera l'absolution. Après une année dans ce carcan, je peux dire que non, ça ne l'est pas. Il reste juste de l'amertume et de la frustration, un parfum de regrets légèrement acerbes qui pourrit dans la bouche.
30 juin 2009
Back to the origins
Il y a quelques jours j'ai voulu reprendre le stylo, délaissé pour cause de travail intrusif ; écrire à nouveau. Mais rien ne s'écoulait de mes doigts, il n'y avait plus rien, simplement, plus rien. Les phrases étaient laides et communes, il n'y avait pas. D'harmonie, de joliesse. Il n'y avait pas d'étoiles, de paillettes, de. Lumière, derrière les lettres, enrobée sous les phrases. J'ai fouillé dans ma tête, cherché, fureté, essayant de comprendre. J'ai fini par trouver. J'avais oublié. Que ces choses-là. Ne s'oublient pas.
Quand on se sent, bien, Evidemment le reste, le mal, le noir sont plus pénibles à écrire. Les mains rechignent ; les ongles refusent de gratter, de découvrir les plaies à nouveau, se refermant dans la paume pour inciter à profiter de la trêve. J'ai songé me malmener un peu, juste pour que tout me revienne, les goûts amers et la sensation du vide. Mais il n'y en a pas eu besoin.