27 novembre 2009
On se sent bien dans le canapé. J'aime notre nouvel appartement, des petites pièces comme autant d'alcôves aux humeurs différentes. J'adore le salon, les meubles en bois que nous avons choisis, le côté un peu chaumière, un peu "au coin du feu", avec la bibliothèque et les livres, la télé cachée dans un recoin, le canapé avec la couverture en polaire bleu roulé en boule dans laquelle je m'enveloppe lorsque j'ai froid, les profondes étagères au-dessus de la télé que je ne vais pas tarder à remplir de livres, encore. J'aime aussi beaucoup mon bureau. Une pièce lumineuse, où il fait un peu froid. Des cahiers sont empilés de chaque côté et j'ai aligné mes livres sur les étagères derrière le bureau. Je n'arrive pas à les mettre dans le salon, je n'ai pas envie qu'ils soient à la vue de tous, ce sont les miens, je ne veux pas qu'ils soient jugés et moi avec. Pourtant je n'en ai pas honte, sûrement pas. Je suis particulièrement fière de mes vieilles collections, celle du "Diable et du Bon Dieu" de Sartre ou de "Roméo et Juliette" de Cocteau. Je ne veux pas qu'on me les abîme ou qu'on me les écorche du regard. Alors je les garde dans ma pièce. J'aime quand il rentre et qu'on étend le journal par terre pour manger des biscottes. J'aime aussi quand on mange ensemble et que je me mets à pleurer, parce que ça charge le lieu de nos vies. Peu à peu, on s'y fond, on s'y trouve des repères. Je me sens chez moi et c'est une sensation neuve. De savoir que ce lieu est à moi, que je peux y faire ce que je veux, qu'il m'appartient. J'aime lorsque je rentre, que je pousse la porte et que l'odeur de l'appartement me prend les narines. Au début, je voulais écrire l'angoisse et le ventre noué. Mais je veux voir le soleil. Hier, c'étaient les fondants chocolat au lait, coeur Carambar.
18 novembre 2009
Il y a des éclats de soleil qui éclaboussent les bâtiments de l'autre côté de la Seine, l'angle du ministère et la pelouse du palais omnisports. L'eau ondule à quelques mètres. Je suis face à la piscine qui est fermée pour cause technique et je ne bouge pas. J'attends quelque chose qui ne vient pas, je ne sais même pas ce que j'attends. Mais j'attends. Tout me semble requérir d'un effort que je ne me sens pas la force de fournir. Alors je ne bouge pas. Je suis assise sur un petit muret en pierre. L'eau ondule à quelques mètres. La grande bibliothèque est derrière. Je pourrais y aller, ou rentrer et travailler dans ma pièce en haut de l'escalier, à côté de la chambre. Lorsque des gens viennent, il dit que c'est mon bureau. J'ai envie de profiter du soleil, de m'asseoir autour d'une table en face d'un chocolat dans une pièce aux couleurs boisées. J'ai envie de me reposer, de discuter, de penser à autre chose. L'idée de m'asseoir à un bureau devant des cours que je ressasse sans cesse renforce mon immobilisme. Je reste assise sur le petit muret en pierre. L'eau ondule à quelques mètres. Puis d'un coup le soleil n'est plus là, les bâtiments apparaissent gris, le vent humide, le paysage terne, l'eau n'est plus belle. Je me redresse sur mes baskets et écrase les graviers. En arrivant, je glisse mes pied sous mes fesses sur le canapé. Lorsque je relève la tête, l'obscurité a avalé le salon. Je fais fondre le chocolat. Je lui ai promis une semaine de fondants différents pour son anniversaire. Ce soir ce sont des fondants au chocolat avec un coeur au nutella.
Hier c'étaient des mi-cuits au chocolat blanc.
15 novembre 2009
Si j'avais plus de volonté, si je cessais de sceller des promesses en for intérieur d'avance non-tenues, si je n'avais pas l'aversion si facile de moi-même, si j'arrivais à me lever, si tout mon corps n'était pas si lourd. Si tout ceci n'était pas sans fin.
08 novembre 2009
Je lui dis qu'il n'a pas de goût et il me répond que lui, au moins, ne cherche pas à faire ressembler chaque pièce au carnaval, avec des couleurs partout comme dans une chambre d'adolescente. Je m'éloigne, et je ne sais pas, je me dis que c'est la tension, qu'aucun de nous deux ne pense ce qu'il vient de dire, que c'est stupide, que nos répliques mêmes sont à rire et qu'on devrait le faire. Et je me mets à pleurer dans l'allée. J'essaie de m'arrêter mais c'est plus fort que moi. Lorsqu'on se remet en route, je lui tends mes lunettes pour qu'il les nettoie. Dans la voiture, je reste silencieuse et je monte le volume à fond. Je me demande si on ne se lasse pas de tout.