La bouteille d'encre noire renversée au fond de l'âme

Atchoum

13 mai 2009

Je n'veux d'personne

  Je déteste que tu me manques, je déteste hésiter à aller chez toi au lieu de rentrer chez moi, je déteste être heureuse de changer d'avis, je déteste avoir envie de faire des choses pour te faire plaisir, je déteste songer aux jours prochains en t'imaginant à mes côtés, je déteste avoir envie de m'arracher la peau pour que tu n'y sois plus imprimé, je déteste ton visage et tes grandes pupilles noires, je déteste les sourires que tu m'adresses et ces rires qui plissent le coin de tes yeux, je déteste que tu sois gentil avec moi, je déteste que tu me trouves belle, je déteste que tu me plaises à m'en écraser le cœur, je déteste avoir envie de te voir, je déteste être mieux avec toi, je déteste constater que ta présence éclaircit le reste, je déteste monter des projets avec toi dans ma tête, je déteste l'attention que tu me portes, je déteste songer parfois que je n'ai besoin de rien de plus, je déteste l'attachement, je déteste me mettre à ta place dans le lit lorsque tu pars pour avoir ton odeur, je déteste penser à toi et sentir mon ventre se serrer, je déteste que notre couple me grignote en tant qu'entité indépendante, je déteste mon sourire lorsque je parle de toi à d'autres gens, je déteste la confiance que j'ai en nous, je déteste songer que toute ascension a une fin, je déteste la peur qui enfle dans mes veines, et enfle encore jusqu'à rendre ma respiration plus difficile, je déteste que tes mains sur moi fassent palpiter mon cœur si vite, je déteste avoir envie de toi, je déteste ton corps sur le mien et mes cris dans les draps, je déteste t'embrasser, je déteste estimer et apprécier ta personnalité, je déteste lire tant de choses dans ton regard, je déteste y croire, je déteste, je déteste la vulnérabilité, et je déteste détester tout cela.

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27 avril 2009

  C'est drôle les pirouettes du quotidien sous les pieds. Comme je me retrouve à nouveau, les yeux vides et le ventre troué de courants d'air, à traverser la place pour rejoindre le métro. C'est drôle comme je ne m'y fais pas, à ces moments durant lesquels je travaille sur une table anonyme entourés de gens tout aussi inconnus. Nous travaillons en silence et j'ai mes écouteurs sur les oreilles. Je remplis des feuilles à carreaux et souligne les titres importants au feutre. C'est drôle comme à chaque fois, c'est pareil. Lorsque je ferme ma trousse et range mes affaires, lorsque je me lève de ma chaise et c'est comme si je n'avais plus rien dans les bras, comme si gribouiller m'avait littéralement vidée. Je sens la lassitude dans mes talons et j'ai la tête pâteuse. Dans ces moments, j'ai envie finir la bouteille de vin blanc. Même si nous l'avons déjà fini hier soir. Avant de faire l'amour. C'est drôle comme ça me tue à chaque fois, comme ça me dépouille. Comme c'est le premier jour de reprise et comme la fatigue m'étreint déjà les épaules. Sagement, j'ai noté sur un bout de feuille volante le programme des prochains jours. J'ai écrit des noms de matières à côté de mercredi, après la piscine. Je ne sais jamais quoi faire lorsque je nage. J'avais une amie qui récitait ses cours mais je pense que ça me pousserait à la noyade. Je n'ai jamais trouvé quoi faire alors je compte mes brasses, invariablement. Je fais une trentaine de longueurs et à chaque traversée, je compte, inlassablement. Ensuite, je grimace en lui disant que j'ai mal aux jambes et il remonte sa main le long de ma cuisse. C'est drôle, comme hier j'aurais écrit des phrases pleines de sourires enjoués et là, là ils sont toujours là, les sourires, mais moins lumineux, plus discrets, plus tenaces, moins prometteurs mais plus sincères.

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14 avril 2009

Charnière

  Je fais tourner plein de musiques aux instrumentales exubérantes et tordues. Dans le métro, je rappuie sur Play tout le temps pour celle-ci. Quand tout le son hurle "This is the 21st century exodus", je suis obligée de hocher la tête en fermant les yeux. L'air sent le printemps et le tissu de ma robe est si fin que lorsqu'il pose sa main sur moi, j'ai l'impression qu'il touche directement ma peau. Je voudrais paniquer, dire le retard, l'impossibilité de courir pour rattraper le wagon qui s'éloigne, les édifices qui se fendillent de toutes parts et qui s'affaissent et comme j'ai envie de pleurer quand il me dit que j'y arriverais. "Tu sais, il y a une chose que personne ne peut saisir réellement. Ca va sembler grandiloquent et abusé mais moi je sais que ça ne l'est pas. Tu vois, personne ne peut comprendre à quel point je me déteste et me trouve misérable." J'aurais pu continuer en disant que ce n'est pas à débattre mais à admettre tant c'est une conviction que je porte dans mes talons à chaque pas ; tant je m'y suis habituée, tant ça ne change plus rien. Je suis allée beaucoup au cinéma. Et je voudrais encore y aller. Hier, il y avait une brocante mais l'exemplaire des "Yeux bleus, cheveux noirs" était vraiment trop abimé. Il claque la porte et je crois que quelque chose dans mon ventre se serre. Je ne me rendors pas, je me lève, fais couler le café puis m'étends dans le canapé et entreprends de lire ce magazine acheté en décembre. Ghinzu me berce et je m'endors avec le soleil qui illumine la pièce. Je voudrais paniquer, parler du manque absolu de visibilité qui m'oppresse et de toutes les contradictions internes qui m'étouffent et me font tourner la tête. Il y a quelques jours, j'ai rangé le fouillis dans la pièce et la colère bouillonnait sous mes joues. Je me disais que je n'espérais quand même pas réussir en étant si peu rigoureuse. Et je soulevais des cahiers et trouvais des sujets de khôlles jetés dans un coin avec des annotations que j'ai dû me promettre d'approfondir plus tard mais que j'ai laissées moisir, des feuilles volantes, des cours pris du bout du stylo, comme en touriste, comme si je n'étais pas concernée, comme si je n'avais pas à me défoncer, à réellement prendre tout ceci au sérieux nom d'un chien. Comme si tout allait me tomber dans la main. Mais est-ce que je pense sincèrement que mes désirs et mes projections vont se réaliser sans le moindre effort. Et ma fainéantise, ma paralysie et les certitudes discrètes mais mensongères, celles qui font dire que ça le fera, que, quand même, ça passera, me dégoûtent de moi. Au restaurant, nous évoquons mon intransigeance problématique, celle qui tend ma voix et rend mon regard brutal, lorsque je dis que je ne comprends pas que certaines personnes se satisfassent d'un niveau si banal et médiocre alors que le mérite absolu est dans l'exploitation totale des capacités. Je dis ça et je me vomis car même si je ne suis pas inerte et inactive, je pourrais faire plus, je le sais. "I know I'm capable of so much more", c'était écrit sur une carte PostS*cret et ça m'avait déchiré le ventre lorsque je l'avais lue. Oui, je pourrais parler de ça mais ce week-end a été si doux. Doux comme une pommade qui endort les blessures. J'aurais voulu rester dans le planétarium à regarder encore un million de fois le film qui venait de défiler. En sortant, je lui ai dit que je comprenais ces scientifiques cloîtrés dans leur monde, inaccessible aux néophytes, parce qu'ils sont ailleurs et qu'il n'y a plus besoin d'être ici. Et justement, tout ceci, tout ce bordel, j'ai mis le doigt dessus il y a quelques jours. Je tournais autour depuis pas mal de semaines, je bafouillais des réflexions dans ma tête, marmonnais quelques bribes floues mais j'ai fini par pointer le paradoxe de façon nette. Ce qui bloque mes membres, c'est le dilemme entre la construction et la destruction. Depuis six ans, je détruis. Il y a six ans, quand tout mon corps s'est morcelé, c'est ce pli qui s'est tatoué dans ma chair. Ensuite, c'est devenu plus concret, c'étaient des réelles promesses que je me formulais du bout des lèvres, je jurais d'expier et de me faire payer à tout prix. Il fallait que ça fasse mal, que ce soit rude, toujours violent, aucune douceur ni aucune complaisance, seulement de la souffrance. Puis, cette année. Où, techniquement, rien ne va réellement mal. Mes considérations sont redevenues normales. Ma vie a un contour plus ordonné, beaucoup moins épineux et alambiqué. Je veux dire, ça tient debout tout ça, ça ne se barre plus aux quatre vents comme, comme d'habitude. Je suis en classe préparatoire, je ne me drogue plus, j'ai une relation que l'on pourrait qualifier de normale et qui s'amorce de façon saine, je n'enchaine plus les histoires -voire les embryons d'histoires- destructrices et sans intérêt, je ne songe plus à mourir ou à m'arracher les joues lorsque l'on me touche, lorsqu'on me fait l'amour, je fais des salades de fruits et je dresse des listes de courses. Seulement, je ne sais pas construire. Ma prise de conscience est ici. Je ne sais pas comment on fait, je ne sais pas quoi penser. Les gens me diront de ne rien faire, de ne rien penser, de laisser aller mais. Ca picote sous ma chair tant c'est en contradiction avec tout ce que j'ai jamais entrepris. Parce que, accepter de construire, c'est accepter d'être là demain, voire après-demain. Or dans mes projections, rien n'avait réellement d'importance car tout, tout ça, toute cette mascarade était tellement dénuée de sens que le bordel qu'était ma vie et la façon que j'avais de la tordre dans tous les sens ne comptait pas. Choisir de construire, c'est faire attention aujourd'hui. Et ça, faire attention, aux choses, à moi, au reste, c'est typiquement, ce que je ne sais, absolument, pas faire. Pourtant je me surprends à ouvrir les yeux et à ne vouloir rien casser, à vouloir y croire sincèrement et à ne plus frapper les murs écœurée d'amertume. Et je ne suis pas habituée, ça me laisse pantoise et légèrement trébuchante.

  Je voudrais paniquer.

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27 mars 2009

Crying shame

  J'ignore si c'est la fatigue ou autre chose, le reste, tout le reste, que je ne vois plus. J'ignore si c'est réellement un rhume, un coup de froid comme ils disent ou simplement mon corps qui se disloque, qui refuse pour me montrer qu'il ne peut pas, tout le temps. J'ignore si c'est le surmenage ou son lit qui me rendent fiévreuse le matin. J'ignore si ce sont les démons d'autrefois ou la peur de ceux qui viendront me grignoter les mollets demain qui m'indisposent face à l'attachement. A lui. Le réveil sonne et mes yeux mettent un temps fou avant de s'ouvrir sous ses lèvres. J'entends le froissement de la couette qu'il écarte et la porte du placard qui coulisse. Le bruit de la douche me parvient comme ouaté et les crépitements me bercent et me referment les yeux. Pour une fois, il met ses boutons de manchette tout seul et caresse mes cheveux et mon visage et m'embrasse avant de partir. J'entends le bruit de ses pas sur le sol qui décroît puis la porte qui est claquée. Le soleil baigne la pièce à travers les stores et je me rendors sous la couette. Lorsque je me réveille, je m'étire longuement puis je me lève, je déambule, je ne sais pas réellement ce que je fais. Je regarde dans la glace ce qui a l'air de tant lui plaire, et je ne trouve pas. Je fais couler du café et je rajoute du chocolat en poudre tout en remuant avec la cuillère comme il me l'a montré. Je m'amuse à marcher dans les zones d'ombre sur le parquet et je lis dans le canapé blanc. Je pars toujours trop tard, suis sans cesse obligée de marcher vite pour rattraper le temps que j'ai cru pouvoir duper, je m'engouffre dans le métro, arpente les quais, les rues, les salles, griffonne des brouillons, passe devant des kholleurs puis jette mes brouillons et recommence dans une autre salle, devant un autre visage. Les remarques glissent et emportent avec elles des petits bouts de moi, et je sors de le salle, je dis merci, je souhaite une bonne journée. Et lorsque je sors et que le vent s'engouffre et lèche ma peau, je ressers mon col en frissonnant. J'entame un nouveau livre et je songe aux prochains jours.
  A cette marche sèche rapide et insidieuse frénétique qui ne semble jamais s'arrêter.

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20 mars 2009

  C'est comme se laver de tout, laisser le reste en arrière. Contre son corps, je lui expliquais à quel c'est fabuleux, à quel point j'aimerais être ainsi indéfiniment. Ce n'est pas que tu ne comprends pas ce qui se passe, c'est simplement que ça ne te touche pas. Tu es au-dessus, ou au-dessous mais peu importe ce qui compte c'est, que tu es imperméable. Et sans faire l'apologie de quoique ce soit, gardant même un oeil objectif sur la chose, la défonce, ce détachement presque surréaliste, j'en suis amoureuse.           Ces derniers jours sont rudes, des révisions en intra-veineuse et les examens qui laissent un goût amer. Tout ça pour ça ; pour rien presque. Je me suis usée par les deux bouts et maintenant, j'ai du mal à m'en remettre. La fatigue ne décroche pas et parfois, dans le métro, le vertige enserre mes tempes. Alors je me concentre sur les mots fléchés. Il reste un examen samedi mais je ne peux pas. C'est comme fouiller dans un sac vide, ma main tâte et cherche mais il n'y a plus rien à puiser, je suis é-puisée.            Je n'entends pas ce qu'il dit, je sens à peine ses mains sur mon corps, je tourne la tête quand il s'approche trop près, et je suis incapable de savoir pourquoi. Incapable de dire si c'est la fatigue ou autre chose. Incapable de prévoir si ce sera passé dans quelques jours ou non.
  J'ai une aptitude à l'accumulation interne plutôt prononcée, j'encaisse, ça s'accumule, ça fait des tas informes mais j'arrive toujours à tamiser le tout, je crois. C'est mon credo, c'est comme ça que je fonctionne. Mais là, plus rien ne passe et mes genoux flanchent. 

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10 mars 2009

Funny team

  Au début, je voulais créer une catégorie destinée à ce genre de posts mais je voulais une catégorie dont les nouveaux posts n'apparaîtraient pas sur la page d'accueil, qu'ils restent cachés dans la catégorie, tu vois. Comme je maitrise l'informatique de façon démentielle, je n'ai pas réussi. Alors je me suis ravisée. Mais, quand même ; parce que c'est un peu ma vie, tu vois.

- Vous savez, l'*NS c'est un concours, pas un examen ! Si tout le monde a 3, faut que vous ayez 4, mais si tout le monde a 18, faut que vous ayez 19.
- ...j'préfère la première option. J'me sens plus apte à avoir 4 que 19...

- Faut vous tenir au courant de l'actualité. En cours, on n'a pas le temps d'en parler parce qu'on a un programme chargé mais c'est à vous de le faire. Par exemple, si je vous demande ce qu'est Madoff, faut savoir me répondre.
- ...une marque de vodka ?

- Cette semaine, j'me suis motivée, bibliothèque tous les soirs, tu viens ?
- Ouais, bof. Moi j'ai la médiathèque à côté de chez moi puis j'suis pas inscrite à cette bibliothèque.
- Allez, c'est gratuit et y'en a pour 5 minutes.
- Je sais pas...
- C'est celle qui ferme le plus tard, elle est ouverte jusqu'à 22h !
- Tu trouves que c'est un argument ?
- Mais elle... elle ressemble à la bibliothèque dans Harry Potter !
- Ok, je viens !

"Quelques uns ont jeté un oeil aux documents que je vous ai demandé de travailler avant la fin du chapitre ?"
- Euh, ceux qui font 150 pages chacun ?
- Ouaip.
- ...Il est sérieux ??
- Apparemment.
- ...

- Bon, c'était pas super. Faudra faire mieux à votre prochaine khôlle, revoir les opérations de base. Comme les additions, les soustractions...
- Oui oui
   ...'Culé

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08 mars 2009

I hate my way of living

  Je songe à toutes les notes que j'ai écrites dans ma tête sans jamais les rédiger, par manque de temps, par excès de fatigue. A chaque fois que je rentre de ces longues après-midis durant lesquelles je travaille, je songe au moment où ça ne marchera pas, où me diront non, où j'aurais l'échec devant les yeux. Ca ne manque jamais. Ces après-midis me laissent toujours un peu exsangue, fébrile et au bord. Tu sais, le moment où ça cogne, où tu pourrais te mettre à pleurer. Et tu en as envie, juste pour évacuer les éléments que tu n'as pas cessé de manipuler pendant des heures, les modèles, les équations, le reste. Juste pleurer un peu tout ça pour pouvoir respirer plus profondément. Les soirs où je prends le métro tard et où je frappe à sa porte et me glisse dans son lit. Je voudrais lui dire de se taire lorsqu'il prononce des mots doux. Je sens la pression dans ma tête, comme les planches d'un navire écrasé par un poids immense et j'essaie de cacher mes mains qui tremblent ou mes yeux qui se noient. J'essaie et ça passe et j'aime prendre ma douche chez lui le matin pendant qu'il prépare du café. C'est neuf et ça me tâche presque les mains. Nous avons été voir ce film et je me suis mise à pleurer lorsque le personnage a dit "Je suis fière de toi". Je me suis mise à pleurer parce que je me disais que ça devait être immense quand quelqu'un déclare une chose pareille. Je me suis mise à pleurer parce que je ne me souviens pas que quelqu'un me l'ait déjà dit et je me suis demandée comment ça faisait.

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21 février 2009

  Je lui ai dit que ça allait peut-être plus loin que je ne le pensais, comme s'il s'agissait d'une volonté silencieuse mais réelle de rapetisser, comme s'il ne s'agissait, en réalité, pas que de distanciation aux émotions. Parce qu'il y a le reste, les autres signes, indices, qui montrent bien, oui, qui montrent bien que. c'est un peu plus que de la simple protection. C'est l'impression de rentrer dans l'océan, petit à petit, pas après pas, de l'eau jusqu'aux genoux puis jusqu'au menton puis jusqu'au nez, aux yeux et par-dessus les oreilles ; c'est un peu comme ça. Comme ce soir où je me suis mise à pleurer en faisant mes courses. Pas pour de vrai, pas beaucoup mais j'avais les yeux plein d'eau, je fixais les bouteilles de jus de fruits très fort pour ne pas me mettre à pleurer vraiment. Elle s'est approchée de moi et m'a demandé ce qu'il y avait et je fixais seulement les bouteilles avec une immense attention. Les gens sont méchants, ils lui ont crié dessus alors qu'il est gentil et lui, il s'est excusé alors qu'il n'avait pas à le faire. Il n'avait pas à s'excuser parce que ce n'était pas de sa faute. Il l'ont poussé à s'humilier alors qu'il n'y était pour rien. Et lui il a crié Pardon dans leur dos et je voulais lui dire de se taire. Quand son mari est arrivé, qu'il a commencé à s'exclamer que ça faisait un quart d'heure que sa femme attendait qu'on la serve, que c'était inimaginable. Il a pris sa femme par le bras et il lui a dit Viens, on s'en va, c'est pas normal, un quart d'heure que t'attends pour du poisson... Et lui, il n'y pouvait rien, il est venu pour donner un coup de main parce qu'il voyait bien la queue s'allonger mais la poissonnerie c'est pas son truc, lui, il est charcutier alors tu penses que la balance et tout le reste, il ne savait pas s'en servir. Mais c'est sur lui que cet homme a crié et lui, il s'est excusé. Il s'est excusé alors qu'il n'était pas responsable. Tous les gens se sont retournés, l'ont vu se faire humilier parce qu'en plus, il est un peu bête, c'est pas qu'il soit con, mais il est un peu simplet. Alors il est devenu rouge et il n'a rien répondu. Il n'a rien su répondre, il n'a su que s'excuser et ça m'a révolté de le voir faire ça. Parce qu'il est gentil. C'est sûr, on ne peut pas parler de la bourse avec lui ni de la politique mais il est gentil, il sert toujours avec le sourire, avec ses mains énormes et pleines de gentillesse douce et simple. Il s'est excusé et j'ai eu envie de vomir parce qu'il a eu l'air ridicule à s'expliquer ensuite en bafouillant Mais j'suis charcutier, j'sais pas comment ça marche, j'suis charcutier pas poissonnier sinon bien sûr, je les aurais servi mais j'sais pas comment, et... Et je voyais tous les gens autour de lui qui avaient un sourire condescendant à leur arracher le visage et je lui en voulais de s'être excusé alors qu'il n'était pas responsable sinon d'être trop bête ou trop gentil.
  Je vouais lui expliquer ça à ma soeur mais j'ai à peine entamé les premiers mots que mes yeux se sont mis à déborder alors j'ai arrêté et j'ai fixé les bouteilles de jus de fruits avec encore plus d'attention, comme si plus rien ne comptait que ces lots de bouteilles à la pêche et à l'abricot.

  Il m'a demandé si ça m'inquiétait, ce processus qui se révélait être plus approfondi. Non ; j'ai répondu Non. Parce que ça se fait sans bruit. Il y a eu des périodes avec un but clairement avoué de destruction, des pleurs et de la douleur et de la haine mais là, ça ne fait aucun bruit. C'est silencieux, c'est comme se déshabiller dans le noir, marcher sous une pluie fine, fixer le plafond en écoutant de la musique parce qu'on n'arrive pas à s'endormir ou regarder les volutes d'une cigarette se tordre et s'évanouir. Non, j'ai répondu, ça ne m'inquiète pas. Ca ne fait pas mal. C'est comme entrer dans l'océan petit à petit, pas après pas. Avoir de l'eau jusqu'aux genoux, puis jusqu'aux hanches puis jusqu'au cou. Ensuite, jusqu'au nez puis par-dessus les oreilles et les yeux et, avoir la tête sous l'eau.

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11 février 2009

Je cherchais comment décrire ce que me fait la solitude
et je n'ai rien trouvé de mieux que l'image d'un feu
un feu flamboyant dont les flammes me lèchent les os
un feu qui me brûle et me brûle encore
même après les parties de moi noires, calcinées, même après les cendres
il brûle encore et me consume
littéralement

Non, je n'ai pas trouvé plus pathétique comme image

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02 février 2009

Et puis tous les rêves s'effilochent

  Je ne devrais pas écrire quand je suis fatiguée comme ça. Ca n'amène que des propos stériles, je le sais. Mais justement, c'est quand la fatigue brouille ma vision et m'embrouille que j'ai besoin d'écrire. Pour cracher tout ça, pour pleurer l'amertume et la révolte. Je voudrais que ma soeur revienne, qu'on regarde des films toute la nuit. Je voudrais arrêter de pleurer, arrêter d'être triste, cesser de me noyer dans cette fatigue lourde qui s'englue dans mes veines. Je voudrais me sentir légère à nouveau, je voudrais arriver à la fin de la journée avec les prunelles brillantes, pas avec les yeux cernés et le sourire à l'envers. J'enlève mon bonnet, le vent ébouriffe mes cheveux et plaque quelques mèches contre ma joue. J'enlève mon bonnet pour rabattre ma capuche. C'est plus épais, plus large, ça m'isole plus. Dans les couloirs du métro, je regarde les pieds des gens, pas leur visage. Je vais dans cette boutique. Il n'y a personne et j'échange quelques mots avec le responsable. Je l'aime bien, il est gentil. Puis je viens souvent. Je ne sais pas s'il se souvient de moi mais je me sens bien dans sa boutique. Il y a des cahiers magnifiques, je passe mes doigts sur leurs couvertures en fermant les yeux. J'achète n'importe quoi, j'achète un bouton en os blanc pour remplacer celui qui ferme la poche de mon manteau. Le cours s'étire, les gens soupirent, trouvent ça long, ont hâte de rentrer. Ils me disent "tu ne trouves pas ?" et je ne sais pas, je réponds "je ne sais pas". Je suis là, assise sur ma chaise, à gribouiller ces phrases, à tracer ces graphiques, à recopier ces équations. Je suis au téléphone et ma voix se fait tendue et expéditive quand je voudrais me mettre à pleurer, quand je voudrais dire j'ai envie de rentrrer à la maison. Il n'y a rien à faire alors ça ne sert à rien. De pleurer. Je préfère qu'ils me trouvent odieuse plutôt que de me savoir triste et essorée. Puis je n'ai pas de vacances avant avril. Je voulais tellement partir.

Posté par absolution à 21:20 - Commentaires [24] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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