La bouteille d'encre noire renversée au fond de l'âme

Atchoum

27 avril 2009

  C'est drôle les pirouettes du quotidien sous les pieds. Comme je me retrouve à nouveau, les yeux vides et le ventre troué de courants d'air, à traverser la place pour rejoindre le métro. C'est drôle comme je ne m'y fais pas, à ces moments durant lesquels je travaille sur une table anonyme entourés de gens tout aussi inconnus. Nous travaillons en silence et j'ai mes écouteurs sur les oreilles. Je remplis des feuilles à carreaux et souligne les titres importants au feutre. C'est drôle comme à chaque fois, c'est pareil. Lorsque je ferme ma trousse et range mes affaires, lorsque je me lève de ma chaise et c'est comme si je n'avais plus rien dans les bras, comme si gribouiller m'avait littéralement vidée. Je sens la lassitude dans mes talons et j'ai la tête pâteuse. Dans ces moments, j'ai envie finir la bouteille de vin blanc. Même si nous l'avons déjà fini hier soir. Avant de faire l'amour. C'est drôle comme ça me tue à chaque fois, comme ça me dépouille. Comme c'est le premier jour de reprise et comme la fatigue m'étreint déjà les épaules. Sagement, j'ai noté sur un bout de feuille volante le programme des prochains jours. J'ai écrit des noms de matières à côté de mercredi, après la piscine. Je ne sais jamais quoi faire lorsque je nage. J'avais une amie qui récitait ses cours mais je pense que ça me pousserait à la noyade. Je n'ai jamais trouvé quoi faire alors je compte mes brasses, invariablement. Je fais une trentaine de longueurs et à chaque traversée, je compte, inlassablement. Ensuite, je grimace en lui disant que j'ai mal aux jambes et il remonte sa main le long de ma cuisse. C'est drôle, comme hier j'aurais écrit des phrases pleines de sourires enjoués et là, là ils sont toujours là, les sourires, mais moins lumineux, plus discrets, plus tenaces, moins prometteurs mais plus sincères.

Posté par absolution à 18:10 - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

14 avril 2009

Charnière

  Je fais tourner plein de musiques aux instrumentales exubérantes et tordues. Dans le métro, je rappuie sur Play tout le temps pour celle-ci. Quand tout le son hurle "This is the 21st century exodus", je suis obligée de hocher la tête en fermant les yeux. L'air sent le printemps et le tissu de ma robe est si fin que lorsqu'il pose sa main sur moi, j'ai l'impression qu'il touche directement ma peau. Je voudrais paniquer, dire le retard, l'impossibilité de courir pour rattraper le wagon qui s'éloigne, les édifices qui se fendillent de toutes parts et qui s'affaissent et comme j'ai envie de pleurer quand il me dit que j'y arriverais. "Tu sais, il y a une chose que personne ne peut saisir réellement. Ca va sembler grandiloquent et abusé mais moi je sais que ça ne l'est pas. Tu vois, personne ne peut comprendre à quel point je me déteste et me trouve misérable." J'aurais pu continuer en disant que ce n'est pas à débattre mais à admettre tant c'est une conviction que je porte dans mes talons à chaque pas ; tant je m'y suis habituée, tant ça ne change plus rien. Je suis allée beaucoup au cinéma. Et je voudrais encore y aller. Hier, il y avait une brocante mais l'exemplaire des "Yeux bleus, cheveux noirs" était vraiment trop abimé. Il claque la porte et je crois que quelque chose dans mon ventre se serre. Je ne me rendors pas, je me lève, fais couler le café puis m'étends dans le canapé et entreprends de lire ce magazine acheté en décembre. Ghinzu me berce et je m'endors avec le soleil qui illumine la pièce. Je voudrais paniquer, parler du manque absolu de visibilité qui m'oppresse et de toutes les contradictions internes qui m'étouffent et me font tourner la tête. Il y a quelques jours, j'ai rangé le fouillis dans la pièce et la colère bouillonnait sous mes joues. Je me disais que je n'espérais quand même pas réussir en étant si peu rigoureuse. Et je soulevais des cahiers et trouvais des sujets de khôlles jetés dans un coin avec des annotations que j'ai dû me promettre d'approfondir plus tard mais que j'ai laissées moisir, des feuilles volantes, des cours pris du bout du stylo, comme en touriste, comme si je n'étais pas concernée, comme si je n'avais pas à me défoncer, à réellement prendre tout ceci au sérieux nom d'un chien. Comme si tout allait me tomber dans la main. Mais est-ce que je pense sincèrement que mes désirs et mes projections vont se réaliser sans le moindre effort. Et ma fainéantise, ma paralysie et les certitudes discrètes mais mensongères, celles qui font dire que ça le fera, que, quand même, ça passera, me dégoûtent de moi. Au restaurant, nous évoquons mon intransigeance problématique, celle qui tend ma voix et rend mon regard brutal, lorsque je dis que je ne comprends pas que certaines personnes se satisfassent d'un niveau si banal et médiocre alors que le mérite absolu est dans l'exploitation totale des capacités. Je dis ça et je me vomis car même si je ne suis pas inerte et inactive, je pourrais faire plus, je le sais. "I know I'm capable of so much more", c'était écrit sur une carte PostS*cret et ça m'avait déchiré le ventre lorsque je l'avais lue. Oui, je pourrais parler de ça mais ce week-end a été si doux. Doux comme une pommade qui endort les blessures. J'aurais voulu rester dans le planétarium à regarder encore un million de fois le film qui venait de défiler. En sortant, je lui ai dit que je comprenais ces scientifiques cloîtrés dans leur monde, inaccessible aux néophytes, parce qu'ils sont ailleurs et qu'il n'y a plus besoin d'être ici. Et justement, tout ceci, tout ce bordel, j'ai mis le doigt dessus il y a quelques jours. Je tournais autour depuis pas mal de semaines, je bafouillais des réflexions dans ma tête, marmonnais quelques bribes floues mais j'ai fini par pointer le paradoxe de façon nette. Ce qui bloque mes membres, c'est le dilemme entre la construction et la destruction. Depuis six ans, je détruis. Il y a six ans, quand tout mon corps s'est morcelé, c'est ce pli qui s'est tatoué dans ma chair. Ensuite, c'est devenu plus concret, c'étaient des réelles promesses que je me formulais du bout des lèvres, je jurais d'expier et de me faire payer à tout prix. Il fallait que ça fasse mal, que ce soit rude, toujours violent, aucune douceur ni aucune complaisance, seulement de la souffrance. Puis, cette année. Où, techniquement, rien ne va réellement mal. Mes considérations sont redevenues normales. Ma vie a un contour plus ordonné, beaucoup moins épineux et alambiqué. Je veux dire, ça tient debout tout ça, ça ne se barre plus aux quatre vents comme, comme d'habitude. Je suis en classe préparatoire, je ne me drogue plus, j'ai une relation que l'on pourrait qualifier de normale et qui s'amorce de façon saine, je n'enchaine plus les histoires -voire les embryons d'histoires- destructrices et sans intérêt, je ne songe plus à mourir ou à m'arracher les joues lorsque l'on me touche, lorsqu'on me fait l'amour, je fais des salades de fruits et je dresse des listes de courses. Seulement, je ne sais pas construire. Ma prise de conscience est ici. Je ne sais pas comment on fait, je ne sais pas quoi penser. Les gens me diront de ne rien faire, de ne rien penser, de laisser aller mais. Ca picote sous ma chair tant c'est en contradiction avec tout ce que j'ai jamais entrepris. Parce que, accepter de construire, c'est accepter d'être là demain, voire après-demain. Or dans mes projections, rien n'avait réellement d'importance car tout, tout ça, toute cette mascarade était tellement dénuée de sens que le bordel qu'était ma vie et la façon que j'avais de la tordre dans tous les sens ne comptait pas. Choisir de construire, c'est faire attention aujourd'hui. Et ça, faire attention, aux choses, à moi, au reste, c'est typiquement, ce que je ne sais, absolument, pas faire. Pourtant je me surprends à ouvrir les yeux et à ne vouloir rien casser, à vouloir y croire sincèrement et à ne plus frapper les murs écœurée d'amertume. Et je ne suis pas habituée, ça me laisse pantoise et légèrement trébuchante.

  Je voudrais paniquer.

Posté par absolution à 17:41 - Commentaires [18] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
« Accueil  1