La bouteille d'encre noire renversée au fond de l'âme

Atchoum

26 août 2009

  La tête sous l'eau, je m'efforce de faire de longues brasses. Je sors la tête de l'eau, ouvre la bouche, inspire au fond de mes poumons, continue, expire sous l'eau, avance, encore. Puis je touche de ma main le bord du bassin et repars dans l'autre sens. Au bord de la mer, la nuit est tombée, l'eau est froide mais il y a cette immensité qui s'étale devant mes yeux, la quiétude qui ondule à la surface alors j'ôte mon pantalon, mon pull et me glisse dans les vagues légères. Le froid me saisit le cœur, violemment puis l'étreinte se déserre et ma peau entière est anesthésiée, je nage dans l'eau noire comme de l'encre, je m'en barbouille les mains, les doigts, je mets la tête sous l'eau, le froid m'écrase les tempes, je nage loin. Je nage avec l'espoir d'avoir tout laissé sur la plage, je nage calmement, sereinement, je nage comme on se sent délivré, je nage et mes yeux brillent de s'être échappés.
  Il est parti voilà bientôt un mois. Il revient dans trois jours, je ne me souviens plus vraiment de son visage. Il va franchir la porte, chargé de ses bagages et je vais fouiller son visage à la recherche d'un signe familier, je vais le regarder comme on scrute un inconnu qu'on connait pourtant. Et lorsque nos peaux vont se toucher, et lorsqu'il va poser ses doigts. Je me demande s'il verra les bouts qui se sont fêlés durant son absence, s'il verra la réserve reprise et l'appréhension immense face aux mois à venir.
  Il y a eu des bouts de soleil, des bouts d'exercices, des bouts de larmes, de rires, de ballades croquées, des gouttes de sang, d'amertume, de rage. Les pages de mon livre resté sur la table du jardin se tournent sous l'effet du vent, elles se tournent, vite vite, et les jours défilent. Je me fais penser à une indélogeable qui prend sa vie et la jette contre des murs, encore et encore. La récupère et recommence, et souris ; ça doit être génétique.

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01 août 2009

August

  Je le vois rentré, abattu. S'étendre sur le lit, le visage défait, les yeux froissés comme des chiffons. Je m'allonge à côté de lui, le rassure, cherche à étirer ses joues dans un sourire, raconte des bêtises. Je lui dis que tout se passera bien, que ça va aller, que ce n'est qu'une question de temps. Et c'est vrai. Tout finit fatalement par se résoudre. Pas forcément de la bonne manière mais une situation ne reste jamais perpétuellement bloquée. Les journées s'étendent comme des élastiques mous. Je me tiens assise sur le canapé et je me vois franchir la porte pour aller marcher dans les rues. J'ouvre des cahiers, je fais semblant d'avancer tout en me promettant de m'y mettre sérieusement ; bientôt. Je couve des envies dont la réalisation est ténue, je me dis que ça pourrait me briser comme une allumette. Je fais des plans de l'appartement dans lequel nous emménagerons dans deux mois. Je trace des coups de crayon, j'imagine les couleurs, j'installe tout dans ma tête et quand j'ai fini, je recommence. Je bats des mains et l'air vide claque entre mes doigts. J'essaie de remplir la vacuité mais c'est toujours un trou béant qui. Vient maintenir mes yeux ouverts la nuit. Je noue mes cheveux dans une barrette perlée, j'accroche des boucles à mes oreilles, je fais couler du café, je regarde par la fenêtre. Et mes poings ne parviennent plus à se serrer. La vie s'agite autour et je me demande comment je pourrais me donner l'air de me sentir concernée par la mienne. Alors j'essaie d'être moins en l'air, moins ailleurs. J'écoute attentivement, je me dis que ce sont des conversations importantes, je réponds avec sérieux, je reçois des gens pour visiter l'appartement. Je me tiens adossée au buffet pendant qu'ils regardent les pièces, je ne sais pas quoi faire alors je plie des feuilles entre mes mains. Puis je les déplie et je recommence. Jusqu'à leur souhaiter une bonne soirée avec un sourire. Je me demande si la façon pauvrement sincère avec laquelle je m'en fous. Est visible. Je souris pour m'excuser des courants d'air dans mes yeux. Les jours n'ont aucune valeur et se succèdent, tout comme mes gestes qui les remplissent. 
  Ce soir-là, il était rentré, abattu. Je me suis allongée à côté de lui et je l'ai rassuré. Je lui ai dit que ça allait bien se passer, que tout ceci finirait par se dénouer. J'ai joue l'assurance, j'ai ravalé les craintes qui montent dans ma gorge pour lui sourire. Mais c'est toujours moi que je n'ai pas réussi à convaincre.   

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