La bouteille d'encre noire renversée au fond de l'âme

Atchoum

22 octobre 2008

Pouce

L'examinateur -le khôlleur- est devant moi.

A la fin, il me dit "Ca ne mérite pas la moyenne".

Ces mots, "ça ne. Mérite pas", je me les prends en pleine tête.
La fatigue aidant, je n'arrive pas à faire la distinction entre ma présentation et ma personne et mes yeux s'embuent.

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19 octobre 2008

Drop-out

Toutes ces années traversées en rampant.
Il va bien falloir que cette farce cesse un jour.
Je déteste ce que je suis.
Pourtant, j'ai sincèrement cru que ça irait mieux.
Ce n'est pas le cas.
Les plaies s'ouvrent sur ma chair.
Je deviens celle qui s'éloigne du rivage petit à petit et qui dérive. Celle qui avait du potentiel pourtant mais. Le pire c'est d'en avoir conscience et de ne pas réussir à s'extirper de tous ces noeuds. Celle que l'on considère avec condescendance.
Quand il a vu le bandage sur ma main, il m'a demandé s'il fallait qu'il s'inquiète. J'ai ri.
J'ai ri parce que dès qu'on touche aux sujets personnels et sérieux, j'insuffle de l'hélium. Je lui ai répondu par la négative en lui disant que ce n'était pas la première fois. En y réfléchissant, je ne sais plus. Peut-être que c'est comme un murmure, plein de sang, le désir que l'on m'écoute et que l'on me prenne au sérieux.

Je me souviens, quand j'étais plus jeune, les gens disaient qu'au vu de mes notes, je n'aurais aucun problème. Tout semblait tracé. Tête de classe, grandes études, réussite.
Ils avaient tord.

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15 octobre 2008

Quelqu'un pour l'écouter et être attentif

   Le ciel est tellement pesant et opaque que le gris s'étale sur mes vêtements. Il y a des jours où tout s'efface, où rien n'a plus d'importance. Des jours où l'excitation face aux cours ne suffit pas, et la course, les visages et la vie. Des jours où tout semble terni. Dans ces moments, je me réfugie toujours au même endroit ; toujours dans les mots. J'ouvre un livre sur mes genoux et dans les transports je ne vois plus que les lignes d'encre noire et le bout de mes chaussures aux lacets violines. Un peu de fatigue et beaucoup de lassitude, ou l'inverse. Et mon visage défait. En sortant de la bibliothèque, nous passons devant un immeuble où des hommes en costumes fument et discutent. Je glisse d'une voix assomée que je ne veux pas finir ainsi, à rire avec des faux collègues en prenant de leurs nouvelles, à faire semblant de m'intéresser à eux pendant qu'ils feront pareil. Alors il me demande ce que je voudrais faire et je ne sais que répondre par l'ignorance. Même si quelques secondes après, j'ajoute tout bas que si, je sais : écrivain. Pas le monument à admirer, pas l'institution lettrée, non. Simplement la personne qui écrit et qui vit par et pour ça. Quand tout s'effondre, quand les couleurs sont délavées et que mes yeux perdent leur éclat, il reste ça.

  Parfois, je me demande si le fait que tout soit inconsistant sauf ça a une signification. Si c'est un signe, si ça veut dire que c'est « mon truc ». J'en parle quelquefois à Bulle et je lui dis bien que ça peut sembler présomptueux mais quand j'écris, quand j'aligne les mots, quand je retourne mon cerveau en tous sens pour trouver la formulation ou le mot justes, je sens que je suis faite pour ça. C'est comme une évidence naturelle qui se dessine. Je ne me sens jamais aussi bien que lorsque j'écris. J'y trouve tout ce qui me ravit, l'exigence intellectuelle, les mots et la liberté. J'avale les phrases puis les bave doucement du bout des doigts. Les mots me nourrissent et je les nourris.

  A chaque fois que l'automatisme des journées est enrayé, je reviens à cette réalité et parfois, quelques larmes roulent sur mes joues parce que c'est une utopie et que la frustration amère remonte dans la gorge quand le ciel est pesant et opaque. Tellement que le gris s'étale sur mes vêtements.

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09 octobre 2008

Demie-lettre ouverte

 

  Etre dans cette maison, c'est plonger sous la surface âcre de la mémoire. Il est caché derrière chaque recoin et je le sens jusque dans les draps. Il est partout et son souvenir est comme un manteau que j'enfile sur mes épaules. Tout dans cette maison me rappelle William. Je peux poser mes yeux n'importe où, c'est notre histoire qui défile sous mes paupières. Les sandwichs au nutella ou au salami, le canapé épais et les heures écroulées l'un sur l'autre. Nous avons fait l'amour au pied de ce même canapé, il me semble ; empreints de cette ardeur légèrement angoissée car son frère n'allait pas tarder. Le piano et le morceau qu'il m'avait appris, que j'ai été incapable de retenir. Les heures attablées dans le salon à faire des maths, ses conseils et mon impatience et, à chaque fois, je laissais filer et préférais l'embrasser, et ça l'agaçait. Il me disait qu'après, je n'aurais pas à me plaindre pas si je n'y arrivais pas. Et bien sûr, je me plaignais.

  Quand je rentre dans la salle de bain, je nous revois nus dans la baignoire débordante de mousse, mes jambes croisées sur le robinet. Il disait que ça le rendait fou de voir mes jambes nues et découvertes comme ça. On était jeune et je lui demandais de fermer les yeux quand je sortais de la baignoire. On était jeune mais je crois que je le lui redemanderais aujourd'hui. On s'évaporait dans la baignoire brûlante puis on allait se rincer dans la douche. L'autre jour, mes yeux se sont posés sur la barre collée en hauteur dans la cabine de la douche et je me suis souvenue de nos stratagèmes. Parce que j'aimais faire l'amour avec lui sous l'eau et que je m'en servais pour me tenir. Les gouttes humides sur nos peaux frémissantes et je n'oublierais jamais la couleur profonde de ses yeux. Ses caleçons bleus rayés et tous les vêtements que je lui ai volés.

  Je suis redevenue cette fille un peu décalée dont il est tombé amoureux et c'est une façon de lui rester fidèle à travers les années. Aujourd'hui, j'aime ouvrir sa penderie et piocher dans les pulls qu'il n'a pas emmenés. Le mois de juillet, le soleil blanc et ses bras chaque soir. Je sais que ce n'est pas la meilleure période de notre histoire mais le souvenir que j'en ai est chaud et agréable. Je portais un mini-short en tissu à carreaux, un débardeur jaune délavé et les copeaux de peinture noire restaient collés à nos peaux à cause de la sueur. La chaleur, nos peaux moites et sa peau brune perdue dans l'entrelacs de mes jambes et de mes bras. William est celui avec qui je préfère faire l'amour.

  Vivre dans sa chambre, c'est m'enfermer dans un cocon délicat et douloureux à la fois. Parce qu'hormis la fin, notre histoire a été très belle, mais qu'il n'est plus là, et que sa chambre vide de lui me le rappelle sans cesse. Je me souviens, à la fin, quand je suis entrée dans cette pièce et que j'ai vu qu'il avait ôté de ses murs tout ce que je lui avais fait ; les photos, les dessins, les mots, les textes. Aujourd'hui, il reste un poster et une chaise et d'autres choses perdues ici et là ; parce qu'il est impossible d'effacer ce que nous avons vécu tous les deux, il me semble. C'était mon amoureux et mon plus grand complice.

  Sur son étagère, il y a tous les tomes de la saga de R. Hobb que je lui ai faite découvrir. Chaque particule qui emplit la maison est imbibée de son odeur. Je me souviens des premiers jours, quand nous avions séché le cours de maths pour faire l'amour. Nous avions mis le matelas à même le sol et entre nos caresses, nous mangions du gâteau au chocolat. William était là à chaque seconde, pour mes cauchemars et mes larmes et ses yeux restaient clairs même face à mes mutismes, mes angoisses et mes démons crochus. Il a été la bonne personne que j'ai rencontrée au bon moment puis c'est devenu l'inverse. La roue a tourné avant de basculer à nouveau.

  Je m'applique à n'avoir aucun regret, à laisser au passé ce qui est achevé mais lui, je ne m'y résous pas. Je ne voudrais pas revenir deux ans en arrière et recommencer, non. Je ne veux pas retourner dans le passé mais l'en extraire puis le faire marcher dans mon présent. Tout ce qui m'a attiré chez lui reste intact, il continue de me plaire, de m'attirer et de me fasciner à travers son absence. Ca me grignote tout doucement la poitrine, à pas légers et sans brutalité. Je ne dis rien, je n'en ai pas le droit. Je ne sais même pas ce qu'il en pense, s'il m'a oubliée ou non ; s'il pense encore à moi, si je colore sa mémoire et si parfois, je me rappelle à lui ou non. Je ne le lui demande pas, je passe ses mots sous silence car je n'ai -plus- aucune légitimité.

  Je m'applique à n'avoir aucun regrets mais lui, William, je crois, que je l'aurais toujours dans le creux du ventre. Parfois, quand je me couche dans ce lit que nous avons choisi ensemble, dans ces draps dans lesquels nous avons roulé nos corps, je m'autorise à suspendre le sablier et j'imagine qu'il est à côté de moi. Alors, je me roule en boule et me blottis contre son corps chaud. 

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05 octobre 2008

Boum!

Mais voilà aussi, dès que je fais des recherches parce que je suis sérieuse et que j'ai envie de réussir mon TD, je tombe sur des trucs comme ça.
C'est quoi ce complot de sape morale ??

(Bon, question suivante...)

Posté par absolution à 17:54 - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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